Commentaires et critiques

Souvenez-vous, vous étiez allongé sur l’herbe à regarder le ciel lorsqu’un nuage malicieux s’est imposé à vous. Vous avez chuchoté à votre père : « on dirait un ogre ! »
Ou encore au détour d’un chemin, en voyant un énorme rocher, vous avez pensé à un gros chien de garde. Bien sûr que cela vous est arrivé. À vous comme à moi. Lorsque nous étions enfants. Puis nos yeux se sont usés et nos regards non plus vu que des rochers gris ou de lourd nuages annonciateurs de gros temps.

Jean Marc Requien a semble-t-il conservé son regard d’enfant. Voyant dans un hélicoptère lointain un œil plissé de gendarme ou transformant de longues jambes en extravagantes bacchantes de grand-père...
Emmanuel Stern

Pour cette exposition intitulée « pubis repetita » véritable exercice de style, Jean Marc Requien nous invite à deviner dans chaque triangle entrevu un objet de désir imprévu ou un sujet de plaisir éphémère. ici, un coucher de soleil devient temple solaire, une flèche directionnelle vous indique le bon chemin pour rencontrer la fille de l’autoroute ; là un miroir brisé raconte le désenchantement de celle qui en a trop vu ou de cette môme aux boutons qui donnera du fil à retordre à plus d’un... Jean Marc Requien nous invite à jouer, à rêver devant ses collages qui cache toujours derrière l’image réelle, une figure inconnue, dissimulant parfois un signe évident qui, insensiblement s’impose à vous au point de vous faire oublier l’image originelle .
Emmanuel Stern

Jean Marc Requien a fait du franc-parler volontiers provocateur et parfois drolatique son cheval de bataille. Autant de traits de caractère que l’on retrouve dans ses œuvres. D’abord il y a les collages rapides, fulgurants, aux titres plein d’humour... Dans un univers plus inquiétant, ses peinture traduisent un grand désenchantement en dénonçant une génération passive... Il peint de drôles d’humains effarés interrogatifs et impuissants , des tronches de vie comme déjà effacées par le temps...

A.M.

Jean Marc Requien sait, depuis ses débuts, et avec beaucoup d’humour au service d’un regard lavé de tout a priori, traduire les instantanés, parfois paradoxaux de notre univers dans des collages sensibles et singuliers . La couleur joue, dans ses constructions aléatoires , le même rôle que dans ses toiles. Je veux dire que nous ne sommes presque plus dans le collage mais plutôt complètement dans le langage propre à la peinture... Requien, sous la menace du temps, essaye de traduire ses émotions, ses convictions en usant de deux médiums réclamant pour atteindre leur intensité le même don de soi

A. Vollerin

Jean Marc Requien n’a pas le sourire de loup de la plupart de ses confrères en pub, mais ses yeux jaunes éclairent un visage lisse dont il est difficile de percer le vernis... Ses matériaux ne sont pas ruineux, il travaille à l’aide de journaux, de sopalin et parfois d’objets divers récupérés ça et là... Il joue avec les images comme avec les mots. Il détourne subtilement les messages des images comme ceux des textes de leur sens originel . L’humour est toujours présent même si certains collages sont moins innocents que l’artiste voudrait nous le faire croire. Il faut s’attarder pour découvrir les intentions cachées et les ponctuation ironique de l’auteur; l’humour, ici, est roi et la poésie, enfin reine l'a épousé.

B. Guardi 

Sa production est envoûtante, innovante, créative. Ses collages ne ressemblent en rien à ceux d’un Picasso ou d’un Matisse, ou encore d’un Max Ernst et encore moins d’un Prévert. Non il a su inventer un univers plein d’humour et de poésie réunissant quelques assemblages qui montrent combien il est resté fidèle à son maître Henri Vieilly et à la tradition de l’école lyonnaise.
H.Nigeay

Publicitaire le jour, artiste  la nuit, pamphlétaire redoutable quand l’envie lui en prend, Jean Marc Requien est un gaillard plus sympathique qu’on ne le dit , au sourire tendre et aux cheveux blancs qui surprenaient lorsque je l’ai connu alors qu’il ne devait pas avoir plus d’une vingtaine d’années. Est-ce sa date de naissance qui coïncide avec la fête nationale ? En tout cas, il donne l’impression que sa vie est une fête et il multiplie les clins d’œil comme les activités.
Il vient d’exposer ses collages à Chicago. On ne lui connaissait pas ce talent. Il en fait depuis toujours ou presque. Depuis la découverte des équivaucluses de Philibert Charrin en 1961, depuis, il colle et il colle. Pour lui. Jusqu’à ce jour - Il vient de fêter ses 43 ans - il n’avait jamais exposé. À la différence de ses confrères publicitaires. Il n’apprécie pas l’esbroufe et fait preuve d’une humilité réconfortante. Exposera-t-il à nouveau ? Pas sûr... Peut-être... Sûrement... Il hésite. Plus tard sûrement. Espérons, car ses compositions poétiques qui obligent le spectateur à s’impliquer méritent qu’on s’y intéresse.

André Mure

L’invention qu’il affiche lui permet de s’inscrire sans l’avoir recherché dans la lignée du Maître du genre, Philibert Charrin . Héritier des dadaïstes et des surréalistes des années 20, époque où l’arr bourgeois était contesté et où le collage participait de la déstabilisation de l’art établi, Jean Marc Requien a su trouver sa propre identité. C’est bien sûr un inventeur d’images pleines de sensibilité et d’humour mais aussi un véritable peintre qui, avec ou sans pinceau, sait affirmer les valeurs de la vraie peinture

Bernard Gouttenoire

Certains de ses peintures-collages que n’auraient pas renié Schwitters ou Philibert Charain traduisent l’air de rien une immense inquiétude même si ses dernières sculptures, dans la lignée de ses bri-collages, montrent qu’il n’a rien perdu de son sens de l’humour et de son goût pour la beauté des choses même si il en connaît l’inanité comme il ne cesse de le proclamer.
P.M.

Ses collages sont souvent de véritables peintures. Ici les lambeaux de papier - il déchire plus qu’il ne coupe ou cisaille - remplacent les pinceaux, tubes d’huile ou d’acrylique et la térébenthine. Dans sa peinture, plus grave, plus inquiète, on retrouve ce goût pour l’image non définie qui offre plusieurs lectures. Ce qui permet à chacun de s’inventer son propre tableau. Magique.

J.L.J.

L’homme est paradoxal. Ceux qui le connaissent bien apprécient son humour doublé d’un goût certain pour l’ironie. Ils savent également combien il est rétif à toutes les idéologies. Ce qui n’empêche pas ses amis de se laisser prendre au piège de ses provocations et de sortir exténués de joutes interminables. Je l’ai vu défendre bec et ongles des idées de droite ou des théories de gauche même extrêmes, en fonction de son auditoire. Pour le plaisir de mettre en pièces les certitudes de ses interlocuteurs. De les déranger, de les provoquer. Tombé tout petit dans la marmite de la dialectique, il n’a pas son pareil pour bousculer l’ordre établi « ma mère était pire et mon fils aussi, ça doit être génétique » s’amuse-il. Avec le temps, il s’est lassé de ces combats inutiles contre ce qu’il appelle les baudruches et moulins à vent. « Surtout que je n’ai jamais fait changer d’avis qui que ce soit », conclut-t-il navré mais pas vraiment amer.

F. Fossati